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Le vieil homme

En ce jour d’automne, l’homme assis sur le banc public regardait les feuilles mortes tomber sur le sol mais en observant de plus près, on pouvait se rendre compte que son regard était ailleurs.

Le vieux bonhomme était courbé, sa courte barbe jadis bien rousse avait complètement blanchie, le temps avait fait son œuvre sur son visage parcouru de rides profondes mais ses yeux avaient gardé un côté pétillant bien qu’empreint d’une douce mélancolie.

En réalité ce nonagénaire fatigué se plongeait de plus en plus dans ses souvenirs, dans sa lointaine jeunesse, dans son adolescence, dans ses débuts professionnels, dans sa longue carrière mais très souvent il aimait à se rappeler les dernières années durant lesquelles, malgré sa retraite, il avait consacré du temps à enseigner. Il passait ainsi de longues heures, seul , assis sur son banc et quand il rentrait chez lui, il adorait se plonger dans ces archives en écoutant pour la énième fois depuis près de 75 ans ses chers Beatles tous disparus aujourd’hui.

Bien sûr dans son métier de commercial, il avait fréquenté beaucoup de monde, fait des rencontres formidables, croisé des personnes intéressantes et même noué des amitiés mais rien ne laissait présager à l’époque combien sa plongée dans le monde étudiant allait bouleverser son existence, un peu comme s’il s’était adonné à une nouvelle drogue dont il est impossible de se déshabituer.

Il se souvenait avec douceur et chaleur des sourires, des visages solaires et illuminés, des cours qu’il présentait durant lesquels il racontait son expérience avec passion, il donnait de sa personne avec fougue, passionnément, ardemment, follement. Il se souvenait de l’épuisement le soir quand il rentrait mais également de la joie qui l’habitait en même temps que la tristesse d’avoir déjà fini.

En fait, au fur et à mesure des heures passées avec eux, il se prenait d’affection pour tous ces jeunes dont il aurait pu être le père. D’ailleurs il était avec eux bienveillant et très paternaliste, peut-être parfois un peu trop…surement même mais innocemment car une seule idée l’habitait, que ses étudiantes et ses étudiantes apprennent, comprennent et se sentent à l’aise dans son cours.

Alors parfois, en l’observant de près, on pouvait voir l’humidité dans ses yeux, de fines larmes couler le long de ses joues ridées et un voile de tristesse passer dans son regard car il songeait avec regret combien il n’avait pas assez chéri et apprécié ces moments forts. Parfois aussi il se demandait ce qu’avait bien pu devenir une telle ou un tel et au fond de lui, tout au fond de son cœur fatigué, se cachait l’espoir que certaines ou certains d’entre eux ne l’avaient pas oublié et que ce qu’il leur avait appris les avait aidé à grandir.

 

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