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11/11/2016

11 novembre 1916

Ma chère Madeleine,

 

Je t’écris cette lettre profitant de ces quelques rares rayons de soleil au lever du jour. Cela fait plusieurs jours qu’il pleuvait sans discontinuer et nous déplacer dans ces maudites tranchées devenait un calvaire, aspirés par cette boue gluante et collante.

J’espère que le temps va bientôt être plus sec. Nous aurons toujours froid, je le sais, mais au moins nous ne serons plus trempés des pieds à la tête.

Dans moins de deux heures un assaut est prévu. Le haut commandement a décidé de lancer une contre offensive massive ce matin pour reprendre cette butte pour laquelle tant de nos camarades sont morts. Mes propos vont sans doute t’étonner mais dans les camarades, j’inclue aussi nos opposants. Après tout ils sont comme nous les « boches », pour la plupart, ils n’avaient rien demandé à personne.

Ta douceur, ta chaleur, ta voix, tes yeux, tout en toi me manque cruellement. C’est à la fois une joie intense et une tristesse infinie qui m’envahissent chaque fois que tu es dans mes pensées, c’est à dire à chaque instant.Ils me manquent aussi notre petit village, notre petite maison, ma classe et mes élèves turbulents, la cour de l’école où je rêvais de voir un jour s’ébattre nos futurs enfants.

Cette lettre ne te parviendra sans doute jamais car on ne nous autorise qu’à remplir un document réglementaire avant chaque bataille, la censure est partout, il ne faut pas donner une mauvaise image de nous à l’arrière.

Ici, la mort est partout, elle nous tient la main en permanence, prête à nous entraîner avec elle dès qu’elle le pourra. Tout n’est que boue, grisaille, bruit. L’odeur est infecte, les rats grouillent de partout, nous avons froid tout le temps mais ce qui est le plus difficile à supporter ce sont l’ennui et cette indicible peur qui nous tenaille le ventre en permanence.

Tant de mes copains sont déjà morts que j’ai arrêté de compter mais avec Jacques, le forgeron de Plapeville (une ville près de Metz), nous nous serrons les coudes. La camaraderie nous permet de tenir et j’espère qu’il pourra partir à la prochaine permission pour voir sa petite fille née il y a quelques semaines.

J’espère aussi que nous pourrons fêter mes 22 ans dans 3 jours. Grâce au colis que tu m’as envoyé avant hier, je partagerai avec Jacques et les copains pour mon anniversaire.

Je termine cette lettre à la hâte car dans quelques minutes, il va falloir « sortir ». Je vais la cacher dans une gamelle en attendant de te la faire parvenir comme je pourrais. Au mieux, nous la lirons ensemble lors de ma prochaine permission, blottis l’un contre l’autre.

Ma douce Madeleine , mon aimée, mon amour, je t’envoie mille baisers. Les mots ne sont pas assez forts pour dire combien je t’aime et combien tu me manques.

 

Ton Armand .

 

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Armand était le jeune instituteur d’un petit village du Cambrésis. Il a été tué quelques heures après avoir écrit cette lettre à son épouse Madeleine. Il a disparu lors de la bataille de Verdun le 11 novembre 1916, son corps n’a jamais été retrouvé.

Il n’aura jamais eu 22 ans...

 

Cette lettre est une pure fiction mais toute ressemblance avec des personnes ayant existé est totalement volontaire. Elle a pour but de rendre hommage à toute cette génération qui a alimentée cette énorme boucherie que fut la première guerre mondiale, à tous ces jeunes hommes quelles que soient leurs origines ou leur « camp » qu’on transforma en chair à canon et qui sont morts en vain. Vingt ans plus tard, les braises encore chaudes de ce conflit mondial allaient alimenter un foyer de haine et de violence et entraîner le monde dans un second conflit plus meurtrier encore.lettre.jpg

17/03/2010

Les stratèges

Les généraux de 14.18.jpgC'est qu'ils ont fière allure les maréchaux de France, bel uniforme, belle casquette, couverts de galons. C'est qu'ils ont fait l'école militaire eux, ils savent de quoi ils parlent.

Derrière leur mine altière et leurs belles bacchantes blanches, sous leur képi, sont ils conscient qu'ils sont en train de jouer une partie d'échec à grande échelle, à l'échelle humaine ? Une de ces parties où les pions sont des hommes et pas des figurines en bois. Une partie d'échec ou le prix de la défaite se compte en milliers de vies humaines.

Comment ces hommes ont ils pu dormir après la signature de l'armistice et la fin de cette monstrueuse boucherie que fut la première guerre mondiale ?

Comment ont ils pu évacuer de leurs esprits les ouvriers, les comptables, les bouchers, les menuisiers, les paysans, les charpentiers, les mineurs, les chauffeurs de taxi, les jeunes mariés, les pères de famille, les amoureux, ces milliers d'hommes qui comme la mer sur les rochers, sont venus se briser et mourir au champ d'horreur ? Sans doutes leur éducation militaire et la satisfaction du devoir accompli.

Dire que l'histoire les a retenus comme des héros, des vainqueurs et que dans les manuels ont apprend leurs noms aux enfants. Quelle abomination. C'est tellement plus facile de citer quelques généraux alors que les vrais héros de tout cela (si tant est que mourir pour rien dans la boue ou ailleurs soit un acte d'héroïsme) sont ces jeunes hommes qui avaient dix-sept ou ving-cinq ans.

C'est leurs noms à eux qu'il faudrait retenir: Maurice Maréchal,Léon Hugon,Henri Aimé Gauthé, Henri Jacquelin,Alain Fournier, Etienne Tanty, Pierre Chausson, Jean Dron,  Martin Vaillagou, René Jacob, mais aussi Karl Fritz, Erich Sidow, Christian Ordeching etc...etc...tous ces noms sont ceux de vraies personnes que cette boucherie a fauché dans la fleur de l'âge. Ces noms qui garnissent les sinistres monuments aux morts dans nos villes et villages que ce soit en France ou en Allemagne. Oui, ce sont ces centaines de milliers de noms qu'il ne faut pas oublier, ceux de ces gens qui auraient pu avoir une vie, une vraie et que la folie, le goût du pouvoir ont entrainés vers la mort au nom de la patrie. Ces hommes de multiples origines qui ont eu la malchance de naître à cette époque, contrairement à ces vieux stratèges qui eux s'en sont très honorablement sortis.

Saloperie de guerre !!!

09/03/2010

Jeunesse brisée !!

Poilu de la grande guerre.jpgIl pose fièrement devant l'objectif du photographe,

La moustache bien lisse et la fleur au fusil,

Son uniforme est propre net et bien repassé,

Le décor devant lequel il pose est bucolique et champêtre,

Il a l'oeil pétillant et le sourire aux lèvres,

Il est jeune, malgré les bacchantes, il doit avoir dans les vingt ans.

Bientôt, son dos se sera vouté et ses traits se seront creusés,

Sa moustache sera tombée et une barbe lui mangera les joues,

Son uniforme sera sale maculé de boue, envahi par les poux,

Son univers ce sera la gadoue, le bruit, les cris, la fureur, la puanteur,

Son sourire sera vite effacé, son oeil sera triste, apeuré, morne ou pire encore, fermé définitivement.

Qui est il ? mon arrière grand-père, le vôtre, un arrière grand oncle , je ne le sais pas.

Son destin, je l'ignore même si malheureusement je le devine.

De quel droit a t'on brisé tant de vies ?

De quel droit a t'on privé toute une génération de l'amour, de la vie, de la joie de vivre... pourquoi ?

Cette saloperie de boucherie que l'on présente dans les livres d'histoire comme la "grande guerre"...quelle honte, quelle ignominie, qui est on pour disposer ainsi de la vie des autres ?

Plus de 10 millions de morts, 3 595 000 blessés, 56000 amputés, 65000 mutilés, des chiffres horribles, énormes qu'il ne faut pas oublier comme on ne doit pas oublier ce jeune homme sur la photo, comme on ne doit pas oublier tous ces jeunes hommes quelle que soit leur nationalité.

Non on ne doit surtout pas oublier ceux qui ont servit de chair à canon, ceux qui sont morts dans la boue des tranchées ou ailleurs...surtout pas.